Ne pensez-vous pas quavec cette annonce le groupe Lufthansa teste le marché?
Il ne sagit pas dun ballon dessai. La stratégie du groupe Lufthansa ne se cantonne pas à vouloir encaisser 16 francs ou équivalent selon les pays, puisque la mesure annoncée sétend au monde entier. Dautres mesures vont suivre.
Si la situation ne devait pas trouver dissue pacifique, avez-vous des alternatives réalistes pour contourner le groupe Lufthansa?
Il sera toujours possible de contourner partiellement LH mais jamais intégralement. Nous estimons que ce contournement pourrait se situer entre 20 et 35% selon la structure de la clientèle agence puisquà ce moment là, ce sont elles qui décident quelle compagnie est la plus adéquate pour leur client. Encore fau-drait-il que toutes les agences adoptent une politique similaire et soit vendent dautres compagnies, soit vendent des vols LH/LX en utilisant les code-share. A ce stade, une concertation nationale devrait se faire et il serait bienvenu que notre fédération donne le ton.
Ne craignez-vous pas que le client soit indifférent à la problématique? Est-ce vraiment son problème?
Le client peut, au mieux, être sensibilisé. Mais cette problématique nest pas la
sienne. Il reste néanmoins indispensable dexpliquer et mettre au courant les
clients corporate qui, pour autant que nous le sachions, ont été sensibilisés directement par le groupe Lufthansa le même jour où nous, les agences, étions avisées de cette nouvelle taxe.
Ne pensez-vous pas quil eût été préférable de «noyer» ce supplément dans le prix final?
Noyer un poisson nest jamais bien productif. Néanmoins dans ce cas de figure, il eût été préférable de le faire. En effet, pourquoi ne pas augmenter systématiquement et proportionnellement tous les billets quel que soit le canal de distribution. Pourquoi le groupe LH nose-t-il pas une mesure somme toute simple. Visiblement il entre clairement dans la stratégie du groupe de contourner les GDS et les agences de voyages et accaparer ainsi le marché à son seul profit! Par ailleurs il serait intéressant de connaî-tre la position de lIATA face à ce nouveau canal de distribution.
Que pensez-vous de largument qui parle dune taxe orientée vers le client optant pour un canal de réservation plus élaboré que celui du groupe Lufthansa?
Comment une taxe peut-elle être orientée «client»? Cette arrogance caracté-rise bien la communication du groupe LH autour de cette taxe. Dans une récente interview, Markus Binkert déclarait avec un cynisme évident que les pratiques commerciales devaient évo-luer et que les coûts de tous les canaux de distribution devaient être évalués et répercutés à leur juste prix. Ainsi, nous autres professionnels, soi-disant partenaires privilégiés, devons passer au tiroir-caisse et régler un coût quil incomberait aux compagnies de répercuter sur leur billets ou aux GDS das-su-mer. En effet comment peut on pré-tendre quune plus-value apportée par lutilisation dun outil (GDS) déjà facturé à leurs utilisateurs (les agences) devrait être payée une seconde fois au groupe Lufthansa, ce visiblement aussi sur lInterlining réservable uniquement par les GDS.
Pensez-vous que cela créera un précédent qui incitera dautres compa-gnies aériennes à sengouffre dans la brèche?
Certains y pensent évidemment déjà et souhaiteraient pouvoir adopter ce même modèle. Néanmoins, elles attendront de voir si la stratégie de LH est payante, et, le cas échéant, adopteront la leur après ce premier retour dexpérience.
La solution doit-elle venir du groupe LH ou faut-il attendre une intervention des GDS comme ce fut le cas des Preferred Fares?
Il ny a rien à attendre des GDS qui sont partiellement aussi pris en otage. Pour une fois, cest à nous, les professionnels, de dire stop. Avec deux tiers du marché et notre savoir-faire, nous détenons les leviers. Mais avons-nous suffisamment de volonté pour mettre en commun nos ressources et agir contre un diktat venu dAllemagne!
CD

