«La Suisse peut maintenant découvrir la Tunisie sous sa nouvelle image!»

Habib Ammar est de passage en Suisse pour rencontrer divers partenaires commerciaux. Le Ministre du Tourisme de Tunisie a accordé à Montreux une interview exclusive à TRAVEL INSIDE.
Habib Ammar, Ministre du Tourisme de Tunisie
Personnage charismatique, le Ministre du Tourisme porte également la casquette de Ministre de la Culture ad interim, deux domaines d’activités qui se complètent puisqu’il s’agit aussi de préservation et de mise en valeur du riche patrimoine tunisien. L’essentiel du parcours professionnel d’Habib Ammar concerne d’ailleurs l’industrie touristique: il a d’abord œuvré à Sousse Nord dans une société mixte chargée de la gestion de Port El Kantaoui, a été Chef de cabinet au Ministère du Tourisme avec comme mission la mise à niveau du tourisme, et a aussi consacré quatre ans à l’Office national du tourisme tunisien (ONTT). Interview exclusive accordée à TRAVEL INSIDE.

_____________________________________________________________________

Monsieur le Ministre, vous faisiez preuve d’optimisme en janvier dernier en abordant les perspectives 2021. Êtes-vous encore optimiste six mois plus tard?

Comme je le disais à l’époque, la priorité du gouvernement a été la sauvegarde des 400’000 emplois directs et indirects liés au secteur touristique, lequel représente 13% du PIB de mon pays. Si l’on tient compte des 350’000 emplois de l’artisanat et des très nombreuses personnes actives dans les transports, on saisit bien l’importance du secteur.

Aujourd’hui, je suis toujours optimiste. Mais en quoi? Si la pandémie n’est pas encore derrière nous, la vaccination progresse à très grands pas sur la plupart des pays émetteurs. De notre côté, nous avons entamé en mai une campagne de vaccination prioritaire des professionnels du tourisme en contact direct avec les clients.

Il s’agit dès maintenant de remettre en marche le tourisme et de trouver les meilleurs moyens pour pleinement relancer cette industrie en 2022. Si les projections de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) parlent plutôt de 2023 voire 2024, nous sommes certains en Tunisie que l’envie naturelle de voyager reprendra lorsque les conditions seront réunies. Nous devons donc redémarrer la machine en cette deuxième partie d’année pour anticiper 2022.

Quelles mesures concrètes ont été prises par la Tunisie pour soutenir le secteur?

Pour maintenir les emplois et les établissements touristiques, nous avons mis en place un vaste plan stratégique d’ordre économique et social (par exemple la prise en charge par l’Etat de contributions patronales, l’octroi d’une prime mensuelle de 200 dinars pour les salariés au chômage technique et les guides, des facilités de paiement, etc.). Nous avons aussi communiqué de manière transparente sur la pandémie, ce qui n’a pas été partout le cas.

Sur le plan sanitaire, où se trouve-t-on aujourd’hui?

Le protocole sanitaire «Ready & Safe»  a été développé en juin 2020 et est régulièrement actualisé. Agences de voyages et tour-opérateurs apprécient beaucoup ce protocole qui se traduit par des conditions d’entrée qui protègent sans être trop restrictives.

Quelles sont aujourd’hui les conditions d’entrée pour les clients individuels qui forment l’essentiel du marché suisse?

Les personnes vaccinées entrent en Tunisie sans aucune contrainte ni quarantaine. Les enfants jusqu’à 12 ans ne sont soumis à aucune contrainte. Les personnes qui ne sont pas vaccinées doivent présenter un test PCR négatif effectué 72 heures avant et suivre une quarantaine de cinq jours à leur arrivée en Tunisie.

Malgré les efforts de diversification entrepris au fil des années, l’image d’une Tunisie mono-produit, c’est-à-dire balnéaire, doit-elle être corrigée?

L’histoire du tourisme tunisien est marquée par le balnéaire, c’est un fait. Malgré sa taille, la Tunisie compte plus de 1200 kilomètres de littoral. Il ne s’agit pas de remplacer le segment balnéaire, mais de le mettre à niveau et de développer d’autres produits orientés vers un tourisme alternatif et durable. On peut citer le golf, le tourisme saharien, les gîtes ruraux, le tourisme culturel et de congrès. Malgré son périmètre, il convient de présenter la Tunisie sous son vrai visage et de mettre en valeur tout ce qu’elle est en mesure de proposer.

Vous portez d’ailleurs la casquette de Ministre de la Culture ad interim. Quelle est l’importance du secteur?

Notre patrimoine historique et culturel a traversé les siècles. On parle donc de préservation et de mise en valeur de ces richesses. L’artisanat a lui aussi un rôle stratégique important. Il convient de le maintenir, de faire évoluer le produit en termes de marketing et de communication, de le valoriser et de le moderniser.

Vous avez déclaré il y a quelques mois que le modèle balnéaire tel qu’il a été conçu ces dernières années ne peut plus avancer, victime qu’il est d’un endettement excessif.

Il faut remettre ceci dans le contexte des transformations opérées au niveau du bassin méditerranéen en raison de la recrudescence de la concurrence et des changements de modes de consommation.

Le problème dont il s’agit ici ne concerne que quelques grandes unités hôtelières arrivées sur le marché il y a environ 10 ans. Dix ans marqués par le Printemps arabe, les événements de 2015 puis le coronavirus. Certaines unités hôtelières ont été victimes d’une gestion loin d’être optimale et n’ont pas été en mesure d’assumer. Mais on parle ici d’une faible minorité d’établissements hôteliers de grande capacité.

La qualité de service a parfois aussi été montrée du doigt. Est-elle à l’origine de la refonte du système de classement hôtelier?

La qualité de service est un point faible qui revient fréquemment. Il est aussi lié au classement actuel des hôtels, un système obsolète qui remonte à 2005.

En février dernier, nous avons démarré le processus de refonte du système (de 1 à 5 étoiles) qui se base sur l’alignement des critères de classement sur les standards internationaux en termes de qualité de service, de développement durable et d’accessibilité aux personnes aux besoins spécifiques.

Notre nouveau système avant-gardiste n’exige pas de lourds investissements au niveau des infrastructures. Il s’agit essentiellement d’investissements immatériels dans la formation, l’hygiène, la sécurité et la mise en place de programmes novateurs.

Vous êtes également partisan de la mise en place d’un Open Sky. N’est pas à double tranchant en termes de qualité des visiteurs?

Nous sommes bien avancés dans ce concept. L’Open Sky doit être mis en œuvre rapidement pour accompagner notre stratégie s’articulant autour de la commercialisation de nouveaux produits. En termes de concurrence aérienne, Tunisair s’appuie sur des ressources humaines de très grande qualité et des compétences très élevées pour relever les défis que pourrait représenter le ciel ouvert.

Quelle est l’importance du marché suisse pour le tourisme tunisien?

Des liens très étroits unissent nos deux pays, notamment au niveau du Secrétariat à l’économie. Le marché suisse a toujours revêtu une grande importance pour nous. Comme les autres, il a bien entendu été affecté par les événements des dix dernières années. Mais tout sera entrepris pour renouer avec de meilleurs résultats

Aujourd’hui, le cadre est parfait pour que les Suisses redécouvrent la Tunisie sous sa nouvelle image. C’est aussi la raison de ma présence ici et des rencontres intensives avec plusieurs partenaires actifs dans les voyages (TOs, compagnies maritimes, etc.).

Avec le recul, le Printemps arabe né en 2011 n’a-t-il pas joué un vilain tour au tourisme tunisien?

Ce mouvement est une réussite indéniable au niveau de la liberté d’expression. Mais ses résultats restent encore en-deçà des espoirs économiques suscités à l’époque.

(interview: Dominique Sudan)