Algues sargasses et les Antilles françaises (Edition 2015-03)

L’information traitée à deux vitesses

Le «problème» des algues sargasses n’est pas une nouveauté. C’est un phénomène qui est connu dans la région des Caraïbes depuis belle lurette et qui touche les îles sans distinction. En soi, il n’est pas dangereux et n’est avant tout dommageable que pour la blancheur des plages ou le bleu des eaux. Toutefois, laissées à l’abandon, les algues échouées fermentent et dégagent des gaz nauséabonds pouvant être toxiques.

Bonne nouvelle pour le secteur du tourisme: le phénomène n’a pas eu d’impact. Les voyageurs pourtant nombreux en cette saison hivernale n’ont pas été importunés. Cela montre quelque part que ces destinations pourtant très prisées des Suisses, ne sont pas réduites à du balnéaire pur. L’offre variée en termes d’activités sur place a certainement joué un rôle. Même les plongeurs peuvent contourner le problème, les sorties s’effectuant au large depuis une embarcation. D’autre part, les destinations ont probablement su réagir au mieux.

En revanche, cet épisode qui pourrait sembler anodin revêt un autre visage lorsque l’on se penche sur l’angle local. Bien sûr, plus on se focalise sur une région, plus les avis seront tranchés, voire dissonants. Néanmoins, la sonnette d’alarme a été tirée en octobre dernier, lorsque des élus martiniquais réclamaient l’état de catastrophe naturelle. Du côté des îles de la Guadeloupe, certains locaux déplorent une lenteur d’action, à l’instar d’un restaurateur dont le commerce est au point mort en raison d’algues pourrissant non loin de sa terrasse.

Des habitants de La Désirade avouent avoir renoncé à la baignade pour le moment, privilégiant la pêche au large des côtes, loin des amoncellements restants. Quant aux nettoyages de ces derniers jours effectués sur Marie-Galante, ils portent effectivement sur des restes des pics de la fin 2014, et non sur de nouvelles arrivées. Une situation regrettable lorsque l’on sait que d’autres îles des Caraïbes, à l’instar de Cuba, ont opté depuis des années pour une récupération des sargasses afin de les utiliser en tant qu’engrais pour les cultures. A présent, cela ne relève plus du secteur du tourisme, mais plutôt du gouvernement, qu’il soit local ou plus lointain.

Cédric Diserens