Kuoni Suisse, séduisante ou chère fiancée? (Edition 2015-05)

Recentrage total de Kuoni Group

Le virage à 180 degrés négocié par le conseil d’administration du groupe Kuoni il y a deux semaines a sans doute été la plus forte secousse tellurique qu’ait connue la branche des voyages depuis des lustres: Kuoni se séparera de son «core business», à savoir les activités de voyagiste qui sont à l’origine de sa création, en 1906. La nouvelle stratégie est connue: se concentrer sur les trois secteurs les plus lucratifs, à savoir la vente B2B de prestations terrestres (hôtels), le Destination Management et les visas. Si ces trois segments représentent 60% du chiffre d’affaires du groupe, ils sont si volatils que rien n’indique qu’il en demeurera ainsi à long terme.

A l’intérieur de la branche, nul n’ignorait les difficultés rencontrées depuis plu-sieurs années par le Touroperating de Kuoni. En France, par exemple, la marque Kuoni existe encore, mais l’entreprise rachetée par ses anciens dirigeants n’a plus de lien avec le groupe. Mais le timing choisi pour annoncer l’abandon des activités de voyagiste est incompréhensible et témoigne d’une incompétence crasse en matière de communication. En ce début de période de réservations, la décision du groupe est à l’origine d’un malaise bien compréhensible, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la branche. La marque «Kuoni» est trop forte dans notre pays pour lui porter ainsi atteinte et ignorer que, pour le quidam, le groupe n’existe pas et que seul Kuoni Suisse est une réalité. Et c’est précisément la confiance du quidam qui est ébranlée.

Il y a une vingtaine d’années, Ralf Corsten, alors patron de TUI, déclarait que la Suisse, eu égard à sa taille et à son potentiel, avait un généraliste de trop. Dès lors, osons la question cardinale? Qui a le profil pour reprendre une entreprise d’une telle taille? Tout est ouvert, mais il est loisible d’affirmer qu’un acheteur suisse issu de l’industrie des voyages constituerait l’option la plus dangereuse pour l’avenir de Kuoni Suisse, qui est à racheter dans son entier: partout, les interférences en termes de marques, de produits et de réseau conduiraient à une véritable saignée au sein des effectifs. Kuoni Suisse demeure une fiancée séduisante. Mais quelle est sa vraie dot? Au contraire, n’est-elle pas trop chère, sauf peut-être pour des investisseurs du Golfe Persique? Ce qui est sûr, c’est que l’attractivité de la fiancée faiblira chaque jour qui passera. La motivation intacte de Kuoni Suisse n’y changera rien.

Dominique Sudan