La fin des agences de voyages CFF (Edition 2015-21)

Trop changements et d’erreurs stratégiques

Au début 1996, les CFF se lançaient dans la commercialisation classique par le
biais d’un partenariat conclu avec Kuoni. Le réseau d’agences CFF Voyages Kuoni voyait le jour. Débarrassées plus tard de la casquette Kuoni, les agences CFF ont traversé les années mais sont restées paralysées par la lourdeur administrative des CFF. En 2013, ces derniers prenaient le taureau par les cornes afin de renforcer le positionnement des points de vente, en fonction de leur importance et des aspirations de leur clientèle. Cette réorganisation se traduisait par la création des catégories «Top 1», «Top 2», «Standard» et «Light» au début de l’an dernier. 

Mais, en termes d’assortiment correspondant à la clientèle locale, rien n’a vraiment été fait. Les CFF avaient maintenu à Hotelplan Suisse le statut de partenaire prioritaire et fermaient presque la porte à d’autres producteurs pourtant intéressés à collaborer. Les CFF enfoncent aussi des portes ouvertes en parlant de la tendance à réserver en ligne et de la faible rentabilité du segment. Or ce n’est qu’en élargissant la palette d’offres que l’amélioration des marges est possible. Là encore, les TOs intéressés à s’ouvrir au réseau d’agences de voyages CFF et à mieux rémunérer ce canal n’avaient aucun interlocuteur en charge de toute la politique d’assortiment. Stratégiquement, les fermetures de plusieurs agences en ville (Neuchâtel et Genève, pour la Suisse romande) se sont aussi traduites par la perte d’une grosse partie de clients fidèles. Bout à bout, cela fait beaucoup de changements stratégiques.

Certes, on peut s’interroger sur le bien-fondé de la commercialisation de vols et de croisières dans les gares. On peut également admettre que la nouvelle répartition des agences CFF n’est pas la meilleure puisque seules les «Top 1», voire certaines «Top 2», disposent de vrais conseillers en voyages actifs, dynamiques et tenant parfaitement la route. Mais, sur l’arc lémanique en tout cas, la demande n’est nullement en recul puisque le volume de dossiers augmente. Seuls, peut-être, les outils informatiques nécessitant un lourd investissement ne suivent pas.

La décision est prise. Les agences de voyages CFF fermeront à la fin 2015 et passeront les sept prochains mois à expliquer aux clients le pourquoi du comment. Et s’il s’agissait d’une nouvelle stratégie de vente, purement orientée ferroviaire?

Dominique Sudan