Stratégie de distribution du groupe Lufthansa (Edition 2015-23)

Un travail de vente accru sans aucune récompense

De prime abord, la voie empruntée par Swiss et le groupe Lufthansa en termes de tarification semble suivre une stratégie logique. En théorie, les passagers ne devraient plus se retrouver face à des tarifs obscurs cachés dans des sous-classes de réservation. Trois options pour l’éco, une pour la Business, des conditions claires et harmonisées entre les différentes compagnies du groupe Lufthansa, ainsi que la flexibilité pour ajouter un ou plusieurs services ultérieurement.

Pourtant, après avoir épluché la documentation mise à la disposition des agents de voyage, on ne peut que s’étonner de voir l’apparente simplicité pour le client compliquer sérieusement le travail de l’agent. Un constat qui est d’autant plus
flagrant lorsque l’on sait que l’agent travaille dans ce cas gratuitement pour le compte de la compagnie, la commission ayant disparu depuis belle lurette.

Certains choix sont compréhensibles, comme celui d’un prix croissant selon que l’achat s’effectue de manière anticipée en ligne, au guichet à l’aéroport ou à la
porte d’embarquement. D’autres en revanche, comme les «Comfort Packages», étonnent en n’étant disponibles que par le biais de la compagnie. Swiss semble répéter le scénario de l’ASR qui n’était pas accessible dans tous les GDS et imposait à certains agents d’avoir à téléphoner pour que le dossier soit complet. Au final, l’agent consciencieux et soucieux du service donné au client va donc avoir encore à jongler entre de multiples interfaces pendant quelques temps.

Et cela ne semble pas parti pour s’améliorer au vu de la réintroduction d’une taxe de réservation via les GDS. A nouveau, les agences se retrouvent prises au milieu d’un conflit opposant d’un côté les GDS et de l’autre les compagnies aériennes avec leur propre système. Il sera alors légitime de mettre en doute la transparence que revendiquent les compagnies aériennes. Car en cherchant à «capturer» la
clientèle, Swiss et le groupe Lufthansa donnent le sentiment de vouloir offrir des œillères aux passagers, rendant toute comparaison plus difficile, pour ne pas dire impossible, au travers d’un morcellement abusif de l’offre.

Cédric Diserens