Après Tunis, Port El Kantaoui (Edition 2015-27)

La Tunisie n’avait nul besoin d’un tel coup

L’attentat qui frappait le musée du Bardo de Tunis en mars dernier semblait oublié: la saison d’été, de même que la demande pour les relâches du mois d’octobre, parlaient en faveur d’une embellie, après une année 2014 marquée par un nouveau recul de 6% sur le marché suisse (50 237 touristes helvétiques). Au lendemain de Port El Kantaoui, le réveil est brutal.

Déjà malmenée par l’instabilité politique qui suivit le Printemps arabe, l’industrie touristique tunisienne est presque au point mort, à l’exception peut-être de Djerba. Il ne faut pas se voiler la face: l’été qui commence sera marqué par une vague d’annulations et des modifications de réservations vers d’autres endroits de villégiature du bassin méditerranéen. Les grands TOs actifs en Suisse, de même que le numéro un romand Air Marin, le savent pertinemment: la Tunisie touristique a malheureusement ouvert une paren-thèse et nul n’est en mesure de prédire le moment où elle la refermera.

 

Si le mal est profond, c’est par la nature de la cible unique visée par un fanatique: la plage d’un établissement hôtelier de renom. Jamais, à ce jour, les attentats perpétrés dans le pays n’avaient eu pour cible le poumon économique de la Tunisie. Vendredi dernier oui, avec le puissant effet déstabilisateur et l’onde de choc que le bilan final a immédiatement entraînés auprès des clients et de la plupart des professionnels. Avec le recul, le Bardo était peut-être un signal d’alarme. 

Désormais, il y aura un avant- et un après-Port El Kantaoui. Et aussi bien les TOs spécialisés que l’ONTT éprouveront énormément de difficulté à rassurer les esprits après les images diffusées dans le monde. Le client suisse ou européen ne de-mande qu’à se ressourcer paisiblement durant les plus belles semaines de l’année, les vacances. Cette paix n’est plus garantie en raison de fous incontrôlables, susceptibles de frapper n’importe quand et n’importe où. Aussi lâche soit-il, cet attentat est celui de trop. Aujourd’hui, la Tunisie doit impérativement prendre des mesures drastiques pour combattre ce fléau, qui ne vise que la jeune démocratie prenant forme dans un pays musulman. Mais, contrai-rement à mars dernier, la confiance semble cette fois-ci durablement ébranlée. C’est pour restaurer celle-ci que tout doit être entrepris.

Dominique Sudan