Les chiffres sont là: en deux ans, les apprentis sont passés de 38 en 2008 (45 moins sept ruptures de contrats) à 17 en 2010. Certes, les inscriptions sont encore ouvertes, mais il est peu probable quils soient encore beaucoup à choisir cette orientation. Faut-il parler de désertion de la branche? Pas nécessairement.
Tout dabord, il semble établi que les écoles de type Athéna, EIT, Tunon, Ecole Club Migros attirent de plus en plus de monde. Dune part, la formation peut se révéler plus courte et plus intensive (six mois, une année, deux ans et demi). Dautre part, elles offrent la possibilité à toute personne ayant dépassé «lâge de lapprentissage» de se réorienter.
Cela a pour conséquence logique de faire grossir les effectifs qui sortent de ces filières. Les élèves deviennent donc des candidats intéressants, parce quà la recherche de stages. Pour lemployeur, la formule est plus que séduisante: avoir quelquun de bon marché (ne nous mentons pas, les stagiaires sont souvent exploités) pour une durée souvent déterminée. Un problème qui nest pas sans rappeler celui des CDD (contrats à durée déterminée) à répétition en France.
La conjoncture aidant, il est peu probable quun ou une stagiaire ne se plaigne du moment quil ou elle a une place et donc une chance de faire ses preuves. Dès lors, pourquoi sencombrer dun apprenti qui va représenter une charge de travail conséquente, qui sera là au moins trois ans et qui, si on ny prend pas garde, risque fort de partir une fois la formation terminée?
Lautre problème vient de la politique que Bologne et son système ont apporté dans la formation et les études. HES, ES, tout cela brille comme une distinction quil faut avoir dans ses bagages. Lapprentissage est malheureusement souvent dénigré ou mésestimé. De plus, pour les raisons citées plus haut, les places se font rares ou difficiles à trouver. Du moins, cest limage que véhiculent les médias grand public.
Donc ceux qui en ont la capacité vont se tourner vers des formations supérieures, espérant ainsi rendre leur bagage plus attirant pour le marché de lemploi, quitte à accepter une place peut-être moins rémunérée. Ceux qui ont plus de difficultés, souvent cantonnés à des voies scolaires dénigrées (VSO, VSB), noseront pas se tourner vers lapprentissage, ou ne pourront pas y accéder, faute dune formation scolaire suffisante.
Pire: il existe encore à lheure actuelle des entreprises où lapprenti passe plus de temps à faire le café, remplir le fax ou trier les déchets que réellement simpliquer dans la vie professionnelle. Ainsi, peut-être faudrait-il une remise à plat: revaloriser lapprentissage dune part, et le rôle de maître dapprentissage dautre part. Après tout, les voyages cest un art et ses commerçants ne sont-ils pas, en grande partie, des artisans?
