Distribution de Swiss et du groupe Lufthansa (Edition 2015-25)

Il règne comme un goût amer de camouflet

On l’aura compris, c’est avant tout la forme qui est au cœur du problème. Hormis les réactions épidermiques résultant d’une somme de contrariétés successives, nombreux sont ceux qui sont prêts à comprendre la démarche du groupe Lufthansa, et donc de Swiss. Mais voilà, la décision est tombée sèchement, sans concertation préalable. Le matin même de l’annonce, Markus Binkert, CCO de Swiss, indiquait avoir déjà discuté avec les partenaires principaux et qualifiait la décision de «parfaitement rationnelle». Il indiquait également s’attendre à une réaction émotionnelle.

D’une certaine façon, c’est un doux euphémisme. Car la stratégie élaborée par le groupe Lufthansa a omis quelques détails. Lufthansa, tout comme Swiss, semblent avoir totalement oublié que sans les agences, elles n’auraient jamais pu avoir le succès qu’elles ont pu connaître. Dans la fin des années 1990, Lufthansa était relativement peu appréciée par la clientèle d’affaires helvétique qui voyait en cette compagnie un produit «allemand». S’il faillait faire une analogie automobile, on était plus proche d’Opel en termes de prestige, que de BMW ou Mercedes.

Lors de ses débuts en 2002, Swiss portait le fardeau de la débâcle de Swissair et appelait la branche à l’aide pour se relever des cendres d’une compagnie qui s’était brûlé les ailes par excès d’orgueil. On connaît la suite de l’histoire. Certes, le passé appartient au passé, mais c’est précisément avec ces circonstances aggravantes que la décision brutale et unilatérale est tombée. Comme par hasard, peu avant l’été, avec un délai plutôt court pour envisager toute réelle négociation ou concertation…

Mais tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne, et les agences de voya-ges en ligne sauront certainement utiliser la technologie pour mettre en place des solutions intermédiaires permettant d’offrir via une seule et même interface des vols provenant d’inventaires divers. Le plus triste dans tout cela, c’est que ceux qui vont ramasser les miettes sont les «visages» de la compagnie, les représentants qui se retrouvent pris entre une décision venue d’en-haut et la colère de ceux que l’on a un jour appelés «partenaires».

Cédric Diserens