«Entre Frantour et Railtour, l’ancrage sur le marché diffère» (Edition 2008-42)

Guy Schoenenberger, directeur de Frantour, face au danger de con-currence interne au sein du groupe Kuoni.

Guy Schoenenberger, Frantour vient d’annoncer que le produit «Les sables» disparaîtra en 2009. Pourquoi?
Comme nous l’avons affirmé, les conditions cadres ont changé. La
situation n’est plus la même suite au «relaunch» d’Helvetic Tours.
Edelweiss Air est désormais contrôlée par Swiss. Ce produit avait été
lancé après le rachat en 2005 de Frantour par le groupe Kuoni. A
l’époque, Helvetic perdait du terrain en Suisse romande et un Airbus
A320 d’Edelweiss était stationné à Genève. Il convenait alors de faire
tourner cet appareil.

Cela ne signifie pas que nous allons nous en tenir à l’abandon de la brochure «Les sables».

 Partant du principe que les intervilles et les courts séjours
sont sous pression, il conviendra de trouver des alternatives. Cela
peut se faire dans le segment Wellness où notre valeur est déjà
reconnue ou dans des voyages à connotation culturelle comme «Les
expos». Là, la formule sera affinée. Et d’une façon générale, nous
enrichirons notre offre, prioritairement sur nos deux destinations
phares que sont la France et l’Italie.

Sur plusieurs destinations, Frantour et Railtour se concurrencent. Partagez-vous ce point de vue?

C’est parfois le cas. Mais notre ancrage sur le marché est
différent; l’élément linguistique joue ici un rôle important. Frantour
réalise plus de la moitié de son chiffre d’affaires en Suisse romande.
Les clientèles de Frantour et Railtour sont aussi différentes, ce qui
justifie aussi cette concurrence. Mais au final, nous préférons dans
quelques rares cas une concurrence interne au groupe à une concurrence
externe.

Les deux filiales du groupe Kuoni ne se cannibalisent donc pas?

Marginalement oui. On ne peut pas l’exclure. Mais les deux
marques sont spécialisées dans les séjours intervilles. Leur approche,
je le répète, est différente. En tant que spécialiste, un Railtour ne
pourrait pas se permettre de renoncer à la programmation de Paris en
dépit du fait que cette destination est extrêmement importante pour
nous en termes de volume. De notre côté, il serait impensable que nous
abandonnions Berlin. Dans le segment interville, il y a des «musts» que
chaque spécialiste doit proposer dans son portefeuille. Malgré cette
concurrence marginale, l’important réside dans le fait que le volume
d’affaires reste dans le pot Kuoni.

Ne devrait-on pas attribuer des zones
géographiques à chaque marque? France/Italie pour Frantour,
Allemagne/Europe de l’Est pour Railtour?

Ce sont des simulations qui ont déjà été faites. La question
cardinale est toujours la même: qu’est-ce qui est rentable? Nous avons
aussi procédé à d’autres simulations, comme par exemple le partage du
marché suisse entre les deux marques. Mais ça ne tient pas la route.

Pourquoi?

Si Railtour abandonnait Paris, Frantour ne récupérerait pas la
totalité du volume sur cette destination. L’inverse est aussi valable
sur Berlin où l’absence éventuelle de Frantour ne favoriserait pas
uniquement Railtour. Nous savons qu’il n’y aura pas de transfert
intégral dans l’hypothèse d’un partage géographique. Notre structure,
notre approche et notre clientèle sont différentes. Certains clients
demandent Railtour, d’autres sont fidèles à Frantour. Ils ne
basculeraient pas forcément d’un côté ou de l’autre en cas de
répartition des destinations. Au contraire, ils s’adresseraient à la
concurrence externe.

Il n’y aura donc pas de changement dans l’immédiat?

Non. La production 2009 est presque sous toit. Ce sera le statu quo l’année prochaine.

La proposition éventuelle de
restruc-turer des marques comme Railtour et Frantour serait-elle une
initiative spontanée ou serait-elle dictée par la direction de Kuoni?

Toutes les simulations déjà faites l’ont été entre Werner
Schindler, directeur de Railtour, moi-même et Urs Bellmont, directeur
des filiales de Kuoni.

Au niveau du groupe Kuoni, pourquoi ne
pas restructurer le segment interville où les interférences sont
multiples entre les marques Frantour, Railtour, Kuoni et Helvetic Tours?

Chaque unité demeure responsable de son résultat.
Personnellement, j’estime aussi qu’un TO comme Kuoni se doit de
proposer une gamme complète de produits. Le client fidèle à cette
marque ne comprendrait pas qu’il lui soit impossible de réserver un séjour
interville estampillé Kuoni. Certes, on se recoupe parfois mais encore une fois de façon marginale.

En termes d’achats, Frantour et Railtour demeurent aussi indépendants. Ne conviendrait-il pas de regrouper le tout?

Dans ce domaine, l’un et l’autre sont assez opportunistes. Kuoni
nous laisse aussi une certaine marge de manœuvre en la matière. Mais il
nous arrive aussi d’avoir recours au Destination Management de Kuoni.

Si les résultats ne suivaient pas, cette liberté de mouvement serait-elle menacée?

Chaque responsable de filiale fait une présentation de budget
qui est acceptée ou modifiée avant d’être validée. Ensuite, le budget,
c’est-à-dire les objectifs à atteindre, remonte tout en haut à la
centrale.

Après trois ans de vie commune sous le
toit Kuoni, on peine, de l’extérieur, à voir les réelles synergies
entre Kuoni et les deux filiales Frantour/Railtour. Y en a-t-il
vraiment?

Bien sûr. L’impression centralisée des brochures du groupe en
Pologne en est une. Au niveau IT, nous bénéficions aussi de la
puissance d’achat de Kuoni chez un certain nombre de fournisseurs.

Dominique Sudan