Fin de la «surtaxe» – les frais carte de crédit bannis (Edition 2015-33)

L’adaptation de l’Interchange Fee pousse les sociétés émettrices de cartes de crédit à réintroduire la «Non Discrimination Rule».

Depuis dix années que la règle de non-discrimination (Non Discrimination Rule) a été abandonnée, les commerçants, dont les agences de voyages, peuvent prélever une taxe en cas de paiement par carte de crédit. Une si-tuation qui a changé depuis le début de ce mois. En réintroduisant la règle de non-discrimination, les sociétés émettrices de cartes de crédit se voient interdites l’application de ce qu’on appelle les «Surcharges».

Pourquoi revenir à cette situation qui n’a rien pour enchanter les agences? En décembre dernier, la Commission de la concurrence (Comco) a entamé une enquête sur une possible pratique anticoncurrentielle sur le marché des cartes de crédit qui a débouché sur un accord à l’amiable, prévoyant la baisse moyenne de l’Interchange Fee au 1er août 2015 de 0,95% à 0,70% – dans une seconde étape, dès le 1er août 2017, la baisse se fera à 0,44%. L’Interchange Fee est la taxe qui, lors d’un paiement par carte de crédit, est payée par l’Acquirer (l’institution bancaire qui incite le commerçant à accepter la carte de crédit) à l’Issuer (l’institution bancaire qui émet la carte de crédit).

Reste à savoir si cela aura pour conséquence un report de l’avantage aux commerçants, à savoir une réduction de la commission. «L’accord à l’amiable ne prévoit aucune obligation pour l’Acquirer de reporter la baisse sur les commerçants», explique Simon Bangerter de la Comco. Les sociétés émettrices de cartes de crédit (concédants de licence) comme Visa ou Mastercard n’ont aucune influence sur les commissions convenues entre les Acquirers et les commerçants.

Tous les experts s’accordent sur le fait que sous la pression de la concurrence, les Acquirers adapteront les conditions pour les transactions domestiques (les changements liés à l’Interchange Fee ne concernent pas les transactions transfrontalières). C’est ce que montre l’expérience avec de précédentes baisses. Dans les faits, les Acquirers dominants sur le marché comme Six, Aduno et B+S nous confirment leur intention d’effectuer de telles adaptations. Parallèlement, ils soulignent que l’Interchange Fee ne représente que l’une des nombreuses parties de la commission individuelle des commerçants – la réduction n’aura donc pas le même effet pour tout le monde.

Lorsque le commerce enregistre moins de coûts liés aux cartes de crédit, il est également possible de reporter ces coûts sur le client final (frais pour les paiements par carte de crédit, surtaxe). Dans un premier temps, la Comco a empêché temporairement aux Acquirers d’introduire une interdiction de surtaxer, la situation s’est à nouveau changée avec l’accord à l’amiable: «Cette interdiction est aujourd’hui caduque pour que les Acquirers puissent à nouveau appliquer une interdiction de surtaxe», précise Simon Bangerter. 

Dans le cas des sociétés émettrices (concédants de licence), la position est claire: elles sont favorables à la règle de non-discrimination et ont attiré l’attention des Acquirers sur l’interdiction de surtaxe dès le 1er août en Suisse. «Surtaxer crée un désavantage pour le consommateur et entrave le libre choix du moyen de paiement privilégié», conclut-on chez Visa.

L’interdiction de surtaxe par les sociétés émettrices de carte de crédit sera confirmée par les Acquirers – en cas de non-respect, des amendes
peuvent être appliquées. Et en acceptant une marque de carte de crédit (Visa, Mastercard), les commerçants s’engagent à suivre les lignes édictées – les agences de voyages ne bénéficient d’aucune exception.

Cédric Diserens/Beat Eichenberger