«La menace d’une sanction sensibilisera les hors-la-loi» (Edition 2014-37)

De nombreuses agences ne sont pas en conformité avec la Loi fédérale sur les voyages à forfait (LVF). Le Conseil fédéral a répondu à l’interpellation de la Conseillère nationale Christa Markwalder.

Walter Kunz, la Loi sur les voyages à forfait a 20 ans. Qu’a-t-elle changé dans l’industrie des voyages?

Pour être tout à fait honnête, elle n’a rien changé. Si la plupart des agences de voyages disposent d’une garantie couvrant les montants versés par les clients en cas d’insolvabilité ou de faillite, la contrepublicité est immédiate pour notre secteur à chaque fois qu’un cas comme celui de Biber Travel fait la une des journaux.

Peut-on chiffrer le nombre exact d’agences, qui ne sont pas en conformité avec la LVF?

En analysant la banque de données de Flühmann Mailinghouse, on répertorie 1166 agences A, c’est-à-dire celles disposant d’une couverture des montants versés par la clientèle. Mais on dénombre aussi 463 agences B ne bénéficiant d’aucune couverture. Le taux d’agences B qui s’inscrit à 28,4% est donc énorme. 

Comment se fait-il qu’autant d’agences soient encore hors-la-loi?

En vingt ans, les mutations qu’a connues notre secteur ont été immenses. Auparavant, les rapports fournisseurs/distributeurs étaient régis par des directives claires: les premiers produisaient et les seconds commercialisaient, au sens strict du terme. Donc, en cas de pépin, la responsabilité incombait aux producteurs.

Si, aujourd’hui, une agence prétend qu’elle ne fait qu’écouler des arrangements forfaitaires, j’éprouve beaucoup de peine à la croire. Le marché a changé et le «Dynamic Packaging» est une réalité. 

Le problème est simple: il n’existe aucune instance de contrôle et aucune sanction. Si la vitesse est limitée à 120 km/h sur les autoroutes, mais qu’il n’y a ni contrôle ni sanction, à quelle vitesse roulerez-vous?

Les agences ne remplissant pas l’obligation légale tirent aussi un avantage concurrentiel certain: elles n’ont pas à supporter certains coûts comme les cotisations annuelles, une garantie bancaire ou un compte bloqué.

Pourquoi certains fournisseurs continuent-ils de livrer ces agences?

A cause des éléments qui précèdent et du vide juridique existant. Rien n’empêche une agence ou un TO hors-la-loi de promouvoir ses produits dans la presse grand public ou de participer aux salons des vacances. Chacun veut réaliser des affaires à court terme, sans penser à d’éventuelles conséquences. Et puisqu’il n’y a pas de sanction…

Etes-vous satisfait de la réponse du Conseil fédéral?

Un élément de la réponse nous a déstabilisés au plus haut point: «La LVF relevant du droit civil, le Parlement a décidé en 1992 que son exécution était l’affaire des consommateurs (BO 1992 N 1691SS)». Cette argumentation est insuffisante et presque incroyable.

Qu’envisagez-vous concrètement?

La FSV se félicite d’avoir trouvé en la personne de Christa Markwalder une parlementaire qui a pris conscience de ce réel problème et qui est prête à s’engager dans la défense de ce dossier en déposant prochainement une motion au Parlement.

Cette intervention sera basée sur la solution envisagée dans la réponse du Conseil fédéral, qui dit qu’une «autre solution, plus facile à appliquer, serait de punir pénalement le non-respect de l’article 18 de la LVF». A l’évidence, il y a un manque de moyens pour appliquer la LVF. La protection des clients et la concurrence fair-play entre les agences doivent être au cœur de la LVF. Nous sommes d’avis qu’un organe de contrôle au niveau fédéral appliquant de vraies sanctions, sous la forme d’amende salée, en feraient réfléchir plus d’un. 

 DS