Ne pas miser sur le mauvais cheval (Edition 2010-41)

Dominique Sudan à propos des charters à Genève

En ouverture de la prochaine saison charter d’hiver, Baboo, à défaut de bonnes nouvelles, aura eu le mérite de rappeler aux affréteurs certaines vérités. Dans le domaine charter, on ne navigue pas à vue. 

Décriée ces deux dernières années en raison de sa cherté qui faisait augmenter de plus de cent francs le prix moyen d’un arrangement, quelle que soit la destination, la solution charter Baboo a pourtant été momentanément adoptée par les deux grands. Rapidement, aussi bien Hotelplan Suisse que Kuoni ont pourtant dû se rendre à l’évidence: ils avaient malheureusement misé sur le mauvais cheval, Baboo se trouvant dans l’impossibilité de tenir ses engagements. Sans contrat d’affrètement, la compagnie genevoise, à deux mois du début des opérations hivernales, a eu beau jeu d’invoquer ses problèmes de rentabilité pour «rompre» des contrats virtuels. Sa direction précédente avait tout simplement souffert du syndrome de la grenouille chère à Lafontaine, avec les conséquences que l’on sait.

Auprès des producteurs, l’image de Baboo est définitivement souillée. La confiance est rompue et aussi bien Hotelplan que Kuoni ont dû se jurer ne plus jouer cette carte-là. Edelweiss Air, compagnie de vacances chère à la clientèle romande, prendra à coup sûr le relais sur certaines destinations et sortira grandie de cette opération de sauvetage hivernal. Face à la demande qu’ils savaient en forte croissance, pourquoi les TOs n’ont-ils pas opté dès le début pour des chaînes Edelweiss fiables, ne réservant aucune surprise opérationnelle?

En préférant un appareil de plus petite capacité, ils ont sans douté visé le meilleur coefficient de remplissage possible au départ de Genève, au risque de se brûler les doigts. Car si Hotelplan a rapidement rapatrié toutes les réservations romandes à Zurich, Kuoni a attendu. Et sans alternative valable, sa direction a été contrainte d’opter pour l’onéreuse solution transitoire Regional Airlines, quelques jours seulement avant qu’Edel-weiss annonce la couleur sur la mer Rouge. Aujourd’hui, c’est le monde à l’envers: Kuoni, qui ne souhaite pas inonder le marché d’actions spéciales aux périodes creuses du début décembre et de janvier, se voit contraint de proposer les vols directs d’Easyjet à sa clientèle! Aux étages supérieurs des deux grands, la leçon doit être retenue: à l’avenir, il est certain que l’on se concertera davantage pour proposer au marché romand des solutions aériennes communes. Cette stratégie est appliquée depuis des années en été, elle devrait l’être aussi en hiver. 

Les TOs ne l’ignorent nullement, qui pendant des années se concurrençaient directement sur les mêmes axes avant de tous tirer à la même corde aérienne.