«Rien n’est transparent, personne n’y comprend plus rien» (Edition 2015-13)

Comme pour les taxes, la jungle des tarifs aériens irrite les agents. Le point avec Claude Luterbacher.

Claude Luterbacher, Light, Classic, Flex, Basic, Smart, Best, etc. Est-il encore possible de s’y retrouver? 

Depuis le début des années 80 et l’arrivée de l’informatique dans la distribution et la gestion des tarifs aériens, la complexité n’a jamais cessé de croître. Chaque compagnie y est allée progressivement de sa spécialité au niveau de la dénomination, de l’application ou des restrictions de tarifs toujours plus incompréhensibles pour le consommateur lambda. Heureusement cette même informatique nous a aidés dans le même temps à pouvoir gérer une telle masse d’informations et les professionnels de nos agences sont bien au fait de la complexité du marché. C’est leur rôle. Alors oui il faut bien que nous nous re-trouvions dans ces tarifs et les compa-gnies aériennes feraient bien de saluer le professionnalisme de ceux qui sont encore capables de donner cette valeur ajoutée au consommateur final.    

Quelles conséquences concrètes dans le daily business des agences? 

C’est un fait, il y a de plus en plus de travail, de temps investi pour vendre des billets d’avion de moins en moins chers. Trouver le meilleur prix pour nos clients devient de plus en plus com-plexe et requiert beaucoup de savoir-faire de la part de nos agents. Connaître le marché est une prouesse! Les compagnies aériennes ne se rendent pas compte de cette complexité projetée, chacune ne se basant que sur sa propre petite cuisine. Elles mettent en plus un malin plaisir à publier des conditions de modification et d’annulation draconien-nes qui laissent à nos équipes tout le travail avec en plus la peur de l’ADM. Avec humour je dirais que le rôle d’inspecteur des travaux finis doit être assez agréable. Ces conditions restrictives ne débouchent-elles pas sur un joli revenu alors que tout le travail est fait par d’autres, ou est abandonné sur Internet? Je serais curieux de connaître les revenus encaissés par ces mêmes compagnies aériennes, juste de par l’application de règles édictées unilatéralement, et sans réel travail ou prestation rendue en échange. Evidemment c’est à double tranchant: plus c’est compliqué, plus notre présence est appréciée par les clients, malheureusement souvent après s’être cassés les dents sur les multiples sites. C’est dans cette jungle que nous devons survivre et continuer à assurer le service et la qualité qu’attend la clientèle. 

  

N’y voyez-vous qu’une nouvelle réaction au fort développement des Low Cost? 

Evidemment c’est la tendance. Je rappellerai que, dès l’arrivée d’Easyjet à Genève, nous avions fortement incité Swissair et ses concurrents à revoir leur politique simple course et point-to-point en Europe. On nous avait signifié que «ce ne sera qu’un phénomène passager». On voit aujourd’hui que le phénomène est définitif et que c’est bien les compagnies dites traditionnelles qui doivent revoir leur «business model».

Pensez-vous que ces tarifs sont aussi transparents que le prétendent les airlines? 

Je l’ai dit souvent. Pour moi la grande erreur des compagnies aériennes, toutes confondues, est d’avoir brisé la relation entre le prix et la prestation. En effet qui peut encore donner le prix juste d’un passage, par exemple entre Ge-nève et Paris? L’un dira CHF 20, l’autre CHF 400. Où est la vérité? Rien n’est transparent, ni les coûts du transport, ni les taxes carburant, ni les autres
taxes… personne n’y comprend plus rien. Ce qui est sûr c’est que les taxes représentent en francs bientôt 25% du total des billets d’avions émis; ce manque de transparence n’est certainement pas acceptable. Je reste toujours étonné du manque de réactivité de Monsieur prix à ce sujet. A noter que les agences, elles, sont parfaitement transparentes envers de leurs clients!

  

Dans votre propre entreprise, avez-vous défini un modèle clair? Certaines agences ne proposent, par exemple, que la formule avec bagage par souci de clarté, tout en indiquant qu’une option «sans» existe et est meilleur marché. 

Nous nous devons de proposer toute la palette des tarifs existants. C’est d’ailleurs notre mission dans le cadre du partenariat que nous avons avec
les compagnies aériennes et comme agence licenciée IATA.