
«Vous voyez, ici nous mettons l’accent sur tout ce qui caractérise notre ville. Le bâtiment répond à la tendance des jardins suspendus, avec des plantes tapissantes en façade. Quant au décorum intérieur, il évoque l’ADN de notre héritage multiculturel, avec des courbes et couleurs rendant hommage aux bâtisses coloniales de Chinatown ou Little India, les quartiers ethniques de Singapour. Pour compléter le tableau, nous n’avons sélectionné que des objets exceptionnels, de la potiche en céramique à la théière raffinée.»
C’est Francine Loh qui le dit, porte-parole de l’Artyzen, le dernier palace dont tout le monde parle, ouvert il y a moins d’une année. Le résultat est si bluffant qu’on ose à peine imaginer l’investissement consenti par la société propriétaire, basée à Hongkong, et qui possède également trois succursales en Chine continentale. Il faut ce qu’il faut quand la concurrence rivalise d’ingéniosité pour capter l’attention, à l’image d’un autre nouveau venu, le Pullman Hill Street, dont la réception aligne une hollywoodienne exposition de bagages Belle Epoque, ramenant au mythique Orient- Express.
Des hauts et des bas
Une vaste piscine à débordement couronne l’Artyzen, en terrasse. Elle offre une vue ‘imprenable’ – comme on dit – sur la skyline de la mégapole. «Pour que l’immersion soit complète, il faut ajouter du goût au bon goût», relève Jeff Crowe, le directeur américain qui a acquis son expérience aux Four Seasons, Marriott International et autres Shangri-La. Et de mentionner l’offre du Quenino, le restaurant gastronomique de ce nouveau palace aux 142 chambres et suites.
Le menu signature du chef Victor Liong aligne une douzaine de spécialités de cuisine-fusion inspirée de différents horizons asiatiques. A noter que si les saveurs gustatives de la cité-État sont longtemps restées confinées le long des trottoirs et dans les marchés populaires, elles débordent désormais sur des tables étoilées, parfois éphémères.
Phénomène récent à Singapour, on note plusieurs fermetures de ces restaurants prestigieux. Avec l’inflation, les consommateurs – bien que de plus en plus alléchés par les mets asiatiques – semblent néanmoins moins dépensiers…au point que même Anne-Sophie Pic vient de pâtir de cette situation.
Comme on sait, le réseau de la célèbre cheffe du Beau Rivage s’étend bien au-delà de Lausanne et Valence, jusqu’à Londres et Dubaï. Mais sa première succursale asiatique a fait long feu au mois de mai, après six ans d’existence au mythique hôtel Raffles. Un porte-parole du palace déclare pudiquement que «la collaboration avec le Groupe Pic a été réussie, mais que les deux parties ont décidé d’évoluer séparément.»
Tout un patrimoine
Lancée en octobre, une campagne promotionnelle capitalise sur l’appétit croissant pour les expériences culinaires singapouriennes. En 2023, l’alimentation et les boissons (F&B) ont représenté 15% des recettes touristiques, soit une augmentation de 63 % par rapport aux niveaux d’avant la pandémie.
Pour Kenneth Lim, directeur général adjoint du groupe marketing de l’Office du tourisme de Singapour, «il s’agit d’inspirer les gourmets à explorer nos possibilités infinies organisées par des talents culinaires locaux et internationaux. À partir de fin janvier 2025, STB lancera une série de vidéos dédiées à la bonne bouffe sur ses comptes de réseaux sociaux Visit Singapore.»
A noter que Singapore Airlines n’a pas attendu cette initiative pour conférer à ses plateaux-repas une touche bien malaisienne, satay et jasmine rice de circonstance.
Santé
En termes de longévité, peu d’endroits dans le monde ont connu une augmentation aussi spectaculaire de l’espérance de vie que Singapour. Cet énorme bond en avant de la longévité est en grande partie aux politiques et aux investissements du gouvernement. Associées à des interdictions strictes de fumer en public, de lourdes taxes sur les cigarettes et l’alcool, améliorent la santé individuelle.
Compte tenu de la grande quantité de sucre, de sel et de lait de coco utilisée dans les plats locaux, le Conseil de promotion de la santé a pris des initiatives pour encourager les résidents à faire des choix alimentaires plus sains.
Les autorités se montrent par ailleurs ouvertes aux nouvelles tendances. Ainsi, seize espèces d’incestes viennent de faire leur arrivée dans les assiettes singapouriennes, parmi lesquels des grillons, des chrysalides de vers à soie et des sauterelles. En 2022, l’Agence alimentaire de Singapour en avait déjà autorisé l’importation et la commercialisation à but alimentaire, mais la mise en application traînait depuis.
Bernard Pichon, Singapour








